Introduction

« L'histoire est un perpétuel recommencement »

Référence de Thucydide

Introduction

Jamais une campagne de guerre n'a vu autant de soldats engagés sous le drapeau français se faire capturer par une armée occupante et être contraints de travailler en terre étrangère. À titre de comparaison, le nombre des prisonniers français de la 1re Guerre mondiale a été évalué autour des 510 000 dont 18 222 morts en captivité sur un total de 1 357 800 militaires tués et 3 595 000 blessés[1]. Des chiffres qu'il convient toutefois d'apprécier avec réserve, mais qui donnent déjà un aperçu contrastant avec les statistiques de la Seconde Guerre mondiale. Au 17 novembre 1947, selon un bilan[2] du secrétariat d'État aux Anciens Combattants, le nombre des prisonniers français internés en Allemagne a été évalué autour des 1 580 000, dont 37 054 décès répertoriés sur un total de 210 671 militaires morts au combat. Près de 530 000 prisonniers de guerre furent rapatriés en raison de mesures dues à l'action du gouvernement de Vichy auprès de la Wehrmacht et du Reich.

De ces « prisonniers de 40 », tous aussi abasourdis par la soudaine et brutale offensive des forces ennemies que par la débâcle de l'État-Major français, pas loin d'un million d'entre eux comme Léon Noguéro[3] connaîtra durant près de cinq interminables années la guerre et la captivité en Allemagne ou en terre étrangère avant d'être enfin libéré par les Alliés.

Quelque peu dépassés par l'ampleur de la déroute, mais également soucieux de la contenir, les autorités militaires allemandes et le commandement militaire français eurent recours aux mensonges les plus cyniques pour stopper dès les premières captures toutes tentatives d'évasions ou de rébellions parmi tous ces prisonniers de guerre déconcertés face à leur avenir encore incertain et une hypothétique promesse de paix annoncée à brûle-pourpoint.

Le gouvernement de Vichy, soucieux de s'approprier l'opinion publique à sa cause, négocia avec le IIIe Reich le retour et la protection des prisonniers de guerre[4] en créant les « Services diplomatiques des Prisonniers de Guerre »[5] qui devaient également s'employer, dans les camps[6], à les gagner à l'idéologie de la Révolution nationale. Tout en assouplissant à dessein, on ne peut guère le nier, certaines conditions de détention catégorielle, cette coopération eue ses revers parmi les familles, les prisonniers libérés et les travailleurs français réquisitionnés en échange.

Sans ignorer les enjeux d'une si méticuleuse propagande connue du Maréchal lui-même et que d'autres dans son entourage ont entretenue à travers sa personne pour des raisons bassement machiavéliques, il serait déplacé, malhonnête, de reléguer ou de sous-estimer les sentiments du militaire de carrière pour les anciens combattants[7] et leurs familles. Ce serait ne pas tenir compte de l'homme de Verdun qui connaissait trop les affres de l'enfer de la guerre, de la misère morale et matérielle des prisonniers de guerre et le terrible dilemme d'y survivre. Mais cela ne doit pas nous laisser oublier que, poussé dans ses derniers retranchements et une trop grande ardeur, tout haut commandement militaire ne s'embarasse guère de scrupules pour parvenir à ses fins, quel qu'en soit le coût en vie humaine.

Du 22 août 1940 au 17 avril 1945, les alliés lanceront 28 attaques aériennes sur Magdeburg et sa périphérie. Durant son séjour à Magdeburg, du 3 juillet 1944 au 11 avril 1945, Léon Noguéro sera témoin de 18 bombardements, soit près des 2 tiers, dont le raid massif du 16 janvier 1945 avec plus de 6 000 morts et 11 000 disparus en seulement 30 minutes. Sa correspondance[8] n'en fait nulle description détaillée si l'on excepte certaines mentions (pour rejoindre les abris, fuir les bombardements, déblayer les décombres, remédier aux dégâts causés, etc.) et quelques sous-entendus énoncés ici ou là à titre de recommandation à suivre en pareille circonstance. On ne peut que déplorer, lors de la destruction du camp de Magdeburg-Barleben qu'il occupait en février 1945, la perte de son « carnet de bord » qui retraçait en détail tout son parcours et toutes ses réflexions les plus intimes.

Comment expliquer ce mutisme sélectif si ce n'est, hormis la crainte de la censure, par une attitude bienveillante et délibérée de ne pas inquiéter ses proches par des annonces affolantes ou des récits lourds de « non-dits » ?

Le maigre vocabulaire employé sous forme de redondance se suffit amplement et convient à se faire comprendre des siens dès lors qu'il est important d'assurer avant tout sa survie et son retour au foyer dans les meilleures conditions.

Une transcription sur le vif trop détaillée, au demeurant si utile pour l'historien, n'en demeure pas moins pénible et délicate à extérioriser pour l'auteur lui-même. Pour ses proches, ses confidents qui en ont connaissance, tout récit tant soit peu bouleversant est susceptible d'être ressenti exagérément. La valeur d'un témoignage historique ne se mesure pas seulement à l'exactitude des faits vécus et rapportés, mais aussi par le degré de liberté et de mesure que l'auteur s'autorise à exprimer. Les échappatoires entre l'oubli et le silence, entre la concision et le détail, entre le ressentiment et la souffrance demeurent souvent les points sensibles pour ne pas dire douloureux de tout l'argumentaire de défense que le combattant ou le prisonnier de guerre devra continuellement affronter afin de rendre légitime à la fois son statut de témoin et celui de victime. Devant un tel dilemme et face à l'incompréhension réelle ou supposée de certains de ses concitoyens ou proches, Léon Noguéro adoptera comme ligne de conduite celle d'un homme devant se résigner à ne donner sur son vécu qu'un témoignage fragmentaire. Il en sera autrement de la « confession » plus ou moins partagée et vécue avec ses compagnons d'infortune ou quelques rares confidents. Pour se protéger d'une autocritique trop excessive et injustifiée, les références au statut d'ancien combattant prisonnier de guerre et au groupe sont ici non seulement synonymes pour lui-même de garde-fou et de refuge, mais elles sont aussi garantes de l'authenticité du témoignage historique exprimé collectivement.

Henri Noguéro, 8 mai 2016

"PRISONNIER DE GUERRE EN ALLEMAGNE (1940-1945)"

Récits de guerre et de captivité - Tome 2

Éditions L'Harmattan, 2017 

ISBN : 978-2-343-11883-3

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[1] Pp.677-678, Quid 2001.

[2] P.689, Quid 2001.

[3] Entre le 22 juin 1940 et le 2 mai 1945, Léon Noguéro aura vécu 1 775 jours de captivité, soit 4 ans, 10 mois et 10 jours passés sous l'autorité militaire allemande.

[4] « Traitez bien les prisonniers, nourrissez-les comme vos propres soldats ; faites-en sorte, s'il se peut, qu'ils se trouvent mieux chez vous qu'ils ne le seraient dans leur propre camp, ou dans le sein même de leur patrie. Ne les laissez jamais oisifs, tirez parti de leurs services avec les défiances convenables, et, pour le dire en deux mots, conduisez-vous à leur égard comme s'ils étaient des troupes qui se fussent enrôlées librement sous vos étendards. Voilà ce que j'appelle gagner une bataille et devenir plus fort. » L'Art de la guerre, Sun Tzu. Éd. Marabout 2016. ISBN : 2501101812

[5] Délégation de Berlin : Berlin W35, Standartenstrasse 12.

[6] Par le biais d'une diffusion de documents tels que « Le Trait d'Union » (Berlin W35, Am Karlsbad 28) et « Cahiers franco-allemands » (Berlin W35, Hildebrandstrasse 22).

[7] L'« Association des Prisonniers de la Guerre 1939-1940 » fut créée dans ce but (12, rue Lafayette – Paris).

[8] En langue allemande : « Kriegsgefangenenpost ».

1940 - Colonne de prisonniers de guerre français (collection privée, Henri Noguéro)
1940 - Colonne de prisonniers de guerre français (collection privée, Henri Noguéro)

Préface

Sommaire

Préface

Écrire un récit historique est une aventure intellectuelle et humaine délicate qui met l'accent sur des faits et des hommes dans un contexte particulier.

Cette histoire en deux volumes de Henri Noguéro fait revivre la mémoire paternelle à une époque particulièrement troublée de notre pays ; ce livre retrace le parcours engagé et dévoué à la France de Léon Noguéro par une narration limpide et vivante, non seulement sur des territoires hostiles pendant la captivité, mais également par l'évocation d'une famille d'origine espagnole installée et insérée dans le pays de Bigorre, à Cadéac-les-Bains et surtout à Tarbes. C'est dans cette ville que Léon Noguéro s'est marié, a travaillé et a été mobilisé au début de la Guerre mondiale en 1939.

Cette histoire d'un homme est écrite avec le cœur et avec la volonté de replacer cette singularité dans une globalité historique extrêmement bien documentée. Une riche correspondance en constitue le fil conducteur comme un scénario épique et sensible à la fois.

C'est une fresque historique et familiale qui se déroule au travers de ce livre et dont la ville de Tarbes et la Bigorre sont les racines.

Bravo à Henri Noguéro pour ce beau témoignage !

Gérard Trémège

Maire de Tarbes[1]

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[1] Depuis le 11 novembre 1948, la Croix de Guerre 1940-1945 est attribuée par le Gouvernement à la Ville de Tarbes avec l'éloquente citation suivante : "Siège d'organismes de résistance extrêmement importants". Source : https://www.tarbes.fr/

Sommaire

Préface …………………………………..…… 9

De Gérard Trémège, maire de Tarbes

Introduction ……………………………..... 11

Sans armes ni reproches …………......... 15

Marche au pas vers l'Allemagne  …...…. 25

Le séjour au « sana » d'Urlau ………...… 30

D'Hamm au camp de Münster ………... 110

Court passage à Bremen ………..……... 177

Pinces et tournevis à Osnabrück …..... 183

L'hôpital d'Hannover …….……………… 308

Tous aux Abris à Magdeburg ……....…. 364

En revenant du Kommando …………... 418


Conclusion et Épilogue ………..………. 438

Annexes ……………………………..……. 448

Bibliographie 

& ressources documentaires ….......    464

Index …………………………….……...... 473

Copyright 2017 by Henri Noguéro & Éditions L'Harmattan

© Droits de traduction et de reproduction réservés pour tous pays.

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